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70 ans après Hiroshima et Nagasaki plus d'armes nucléaires en Bretagne et ailleurs!

A l'occasion des 70 ans du largage des bombes atomiques américaines sur Hiroshima et Nagasaki, qui a fait plus de 200 000 morts, 150 personnes environ, dont beaucoup de militants du Mouvement de la Paix, les principaux organisateurs, de l'Université européenne de la Paix, d'associations de solidarité internationale ou pacifiste, mais aussi du Parti Communiste, d'autres composantes du Front de Gauche, des écologistes, s'étaient donné rendez-vous ce dimanche 9 août devant la baie de Douarnenez et la presqu'île de Crozon, sur le Menez Hom et devant l'église Sainte Marie du Menez Hom, pour une marche de la Paix et le lancement d'une campagne de sensibilisation des Bretons pour faire pression en faveur d'une sortie du nucléaire militaire et d'une logique de désarmement, à travers une pétition envoyée à François Hollande dont les termes sont ceux-ci:

"Monsieur le Président de la République,

Toute utilisation des armes nucléaires aurait des conséquences humanitaires et environnementales catastrophiques.

Aussi, je vous demande d'agir pour la mise en place d'un Traité d'interdiction des armes nucléaires.

Cela implique évidemment que tous les Etats possédant des armes nucléaires, dont la France, s'engagent à stopper tous les programmes de modernisation de leurs arsenaux atomiques. Ce serait un signal fort pour le monde entier et cela constituerait des économies budgétaires considérables pour des mesures économiques et sociales en faveur d'un développement durable dont le monde a tant besoin".

Les principaux partis en France laissent la question de l'investissement dans le nucléaire militaire, et plus largement de la politique d'armement, en dehors du débat politique et public, partageant des options militaires et stratégiques qui sont ringardes et dangereuses et en contradiction avec les engagements de la France en faveur du désarmement nucléaire à l'occasion des traités internationaux, mais aussi d'urgences sociales telles que l'investissement dans la santé, les services publics, l'adaptation au vieillissement, les énergies de l'avenir et le développement durable.

En Bretagne, le candidat présenté par le PS aux Régionales a toute chance d'être Jean-Yves Le Drian, le ministre de la guerre, fervent soutien de la dissuasion nucléaire et du surinvestissement dans la modernisation des sous-marins et des missiles nucléaires. La Région Bretagne attribue d'ailleurs 850000€ sans ciller à des recherches universitaires appliquées à l'armement. Evidemment, cette question est aussi tenue en dehors du débat des régionales par beaucoup de formations politiques, alors qu'il y a sur l'île Longue de quoi raser des centaines d'agglomération de plus de 10 millions d'habitants et que de récents accidents lors de tests d'envois de missiles ont montré que la sécurité en matière de contrôle de l'armement nucléaire était un mythe.

A l'échelle mondiale, 9 états possèdent 16000 têtes de missile nucléaires, la Russie (8000 têtes de missiles) et les Etats-Unis (7300 têtes de missile) se partageant 90% de ces armes, mais la France étant en troisième position par son stock d'armes nucléaires (300 têtes), suivie de la Chine (250), du Royaume-Uni (225), du Pakistan (100 à 120), de l'Inde (90 à 110), d'Israël (80), de la Corée du Nord (6 à 8).

Par quelle sorte d'élection surnaturelle ces Etats auraient un droit de vie ou de mort sur les peuples voisins pour assurer leur protection. L'investissement dans la dissuasion nucléaire n'est pas justifié du point de vue de la sécurité collective car il se fait au détriment d'autres investissements militaires peut-être plus utiles, de l'aide au développement, de l'établissement de relations nord-sud plus équilibrées, et ces armes peuvent faire l'objet d'attaques ou de captations par des groupes terroristes, car cela a failli se faire en Italie avec le projet de militants proches de l'Etat Islamique d'attaquer en Italie une base américaine contenant vingt bombes nucléaires B 61. Surtout, quelle crédibilité ont les Etats qui continuent à investir dans de nouvelles armes nucléaires et renoncent à détruire leurs armes de destruction radicale pour éviter la prolifération et la possession de ces armes dans des régions et par des états instables? Il faut un sacré sens du mensonge éhonté ou un optimisme historique confinant à la bêtise pour parler comme certains de l'arme nucléaire comme d'une "assurance vie" alors même qu'on mène par ailleurs une diplomatie et une politique impérialiste qui favorise la multiplication des guerres. Les armes nucléaires actuelles sont des milliers de fois plus destructrices que les sinistres "Little Boy" et "Fat man" jetées à Hiroshima et Nagasaki qui ont pourtant causé des souffrances et une désolation inouïes. Qui peut croire que l'on pourrait envoyer une arme nucléaire dans un ou plusieurs endroits du monde sans voir d'autres pays l'utiliser en retour? Qui peut croire que des gouvernements humains trop humains, dans des configurations internationales marquées par la concurrence et l'état de guerre permanent, mais aussi par la dictature, le fanatisme, l'aveuglement, auront la sagesse de ne jamais faire usage de ces armes de destruction? Et ce sont les opposants à l'arme nucléaire que l'on qualifie de doux rêveurs, d'idéalistes, d'irréalistes, pour complaire à des traditions stratégiques absolument déraisonnables et au lobby militaro-industriel? Ce que possède la France à l'île Longue en termes d'armement nucléaire, cela représente 4000 fois la bombe Hiroshima! Chacun des Sous-Marins Lanceurs d'engins de nouvelle génération a coûté 8,5 milliards d'euros.

Le 19 février dernier, François Hollande a été jusqu'à affirmer que "la dissuasion nucléaire nous permet de vivre libres". Instrument d'indépendance, l'arme nucléaire, peut-être dans une certaine mesure du temps de la guerre froide..., et encore, mais aujourd'hui, et d'ailleurs de quelle velléité d'indépendance vis à vis des intérêts américains a témoigné François Hollande?

Au Parti Communiste et au Front de Gauche, avec nos alliés et la population, nous devons faire de cette question d'une Bretagne progressivement libérée de ses armes nucléaires pour donner des arguments à un accord général de destruction des têtes de missiles nucléaires, un enjeu fort des prochaines régionales.

Il s'agit d'une question d'élémentaire sens de l'humanité, de la fragilité de l'existence humaine et sociale.

Il s'agit aussi d'une question de sécurité des populations vivant à proximité de la presqu'île de Crozon, d'une question politique et sociale majeure. Le renouvellement de nos bombes atomiques, ces fameux M 51, c'est un programme de 26 milliards d'euros, quand on dit qu'il n'y a plus d'argent pour l'école, la santé, la sécurité sociale... 3,8 milliards d'euros par an du budget militaire sont consacrés à l'armement nucléaire alors que dans le même temps l'armée est souvent démunie en ressources humaines et matérielles pour faire face aux "missions" à l'étranger, il est vrai sans doute trop inflationnistes, que lui attribuent nos gouvernements, avec d'ailleurs des modes de prise de décisions césariens et très peu démocratiques.

D'anciens ministres, des élus, des militaires, des experts, tentent de briser le consensus qui s'est installé à quelques exceptions près (des composantes du Front de Gauche comme le Parti Communiste et Ensemble au moins, EELV, le NPA...) dans la classe politique. Paul Quiles (ancien ministre socialiste de la défense), ou le Général Norlain (ancien chef de cabinet militaire de Jacques Chirac), demandent l'arrêt des projets de modernisation des armes atomiques contenus dans la loi de programmation militaire.

L'annonce d'une telle mesure serait de nature sans doute à relancer une dynamique en terme de désarmement nucléaire après l'accord récent, dont il faut se féliciter, entre les Etats-Unis et l'Iran. En théorie, les puissances nucléaires qui se réjouissent du respect du TNP (Traité de Non-Prolifération Nucléaire) par l'Iran, ont l'obligation d'appliquer ce traité qui en son article 6 prévoit l'élimination des armes nucléaires et donc s'oppose à leur modernisation.

L'arme nucléaire est un gouffre financier et une menace permanente.

Si les citoyens français n'ont pas assez conscience de cet enjeu, comme le montre le peu de mobilisation ce 9 août au Menez Hom (il y avait 20 000 personnes contre l'arme atomique et pour la paix à Crozon en 1995, après les essais de Jacques Chirac en Nouvelle Calédonie) c'est parce qu'il leur apparaît lointain et virtuel sans doute, mais aussi parce qu'il est mis en dehors du débat politique tout à fait sciemment et que les formations politiques qui, elles, y sont sensibles et opposées à la prolongation des investissements dans l'armement nucléaire, ne le disent sans doute pas assez fort et ne donnent pas à cet enjeu des plus vitaux et fondamentaux la place qu'il mérite dans leurs projets et leurs programmes.

Cet élément essentiel du combat pour la Paix et la Civilisation ne fait donc que commencer... Il ne faut pas le laisser seulement aux experts et aux associations pacifistes. Cela nous regarde tous!

Ismaël Dupont.

 

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